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«L’ile de Zangra» de Adnen Helali au centre culturel de Néapolis (Nabeul) par Neïla Gharbi

 

Une belle prestation dans la langue de Molière

Samedi dernier, le public était au rendez-vous au Centre culturel de Néapolis à Nabeul à la représentation de la comédie musicale en langue française «L’île de Zangra», mise en scène de Adnen Helali et interprétée par une pléiade de jeunes élèves de 3ème année secondaire de l’atelier de théâtre du lycée Ali Belhaouane à Nabeul. Il s’agit de Abir Belhadj Salah, Mouaffak Hannachi, Samia Boulila, Imène Ouali, Wifak Saddadi, Chokri Frayhia et Mouna Ghali.
C’est donc à l’occasion de l’année de la jeunesse que le directeur du centre, Tahar Ajroudi, a programmé cette comédie musicale dans le but de mettre en valeur les efforts consentis par ces jeunes qui n’ont pas démérité puisqu’ils ont déployé toute leur énergie pour donner une représentation qui soit à la hauteur de la confiance que leur enseignant de français et néanmoins professeur de théâtre a placée en eux.
L’intérêt de cette pièce, dont le texte est du grand compositeur et chanteur Jacques Brel et de l’écrivain Boris Vian, consiste à montrer qu’au-delà de l’aspect pédagogique, il existe une réelle volonté et une passion pour la culture théâtrale. Il n’y a qu’à voir la prestation de ces jeunes volontaires pour comprendre la ferveur avec laquelle ils se sont engagés dans cette comédie musicale qui est loin d’être une sinécure.
A l’origine, «L’île de Zangra» est loin d’être un texte théâtral dans la lignée classique. Auparavant, il avait servi à une performance jouée par Adnen Helali, lui-même. En voyant cette nouvelle version, on se rend compte que «L’île de Zangra» est un projet qui a connu une évolution au niveau de l’écriture. D’abord, en se transformant en comédie musicale, ensuite en multipliant les personnages et, enfin, en construisant un itinéraire dramatique à même de donner une consistance à cette comédie musicale.
Sur une scène nue où sont jetés çà et là des objets hétéroclites, les protagonistes de la pièce sont des soldats qui se retrouvent sur une île déserte à attendre l’ennemi qui tarde à se manifester. Une scène anthologique du «Désert des Tartares» de Dino Buzzati comme entame à cette tragi-comédie sur le pouvoir tyrannique et ses dérives. L’attente se fait longue et inquiétante. Les soldats s’occupent à chanter des refrains pour dissiper leurs peurs et leurs angoisses. Un projet qu’ils font avec force conviction dans une langue bien châtiée et sans erreurs de prononciation, ni d’intonation.
D’autre part, les paroles qu’ils profèrent les libèrent de l’expectative d’un assaut imminent mais aussi de la mainmise tyrannique qui les étouffe. Une thématique du pouvoir exprimé de manière tantôt dramatique tantôt comique notamment lorsque tous les personnages se transforment en femmes enceintes.
Dans l’espace vide de la scène sans décor, seuls les acteurs avec leurs gestuelles et leur voix meublent le vide. Pour convaincre, ils ont fait preuve d’une grande générosité en donnant sans compter dans la limite de leur connaissance du jeu théâtral. Cela a été possible grâce au metteur en scène qui est en même temps leur professeur de français. Aden Hellali, qui a déjà joué la pièce en solo, a su insuffler une nouvelle vie à ce spectacle qui constitue pour lui un moment important de création.
Le spectacle se distingue par son volet musical. Une musique dont la présence effective valorise la pièce. Traitée comme les autres constituants avec les mêmes égards et les mêmes systèmes de valeur, elle rehausse la pièce d’autant plus que les textes de Brel et Vian sont d’une qualité rare. Les jeunes comédiens sont tenus de chanter et de jouer. Un exercice difficile pour des débutants qui, eu égard à leur niveau, est excellent. Parmi les chansons, on retrouve «La Quête» de Brel interprétée par Mouaffak Hannachi et Abir Belhaj, «Voici» de Brel par Abir Belhaj et «Regarde bien» de Brel et «Le Déserteur» de Boris Vian par le groupe.
Le théâtre scolaire est incontestablement un vivier de talents et un point de départ d’une activité ludique qui peut se transformer en véritable métier.

Auteur: Chebbi Lotfi

 

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